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samedi 31 mars 2012

La main dans le MIL : à propos des incidents de Monbazillac

Les incidents auxquels a donné lieu ma tentative d’interroger Alain Juppé lors de sa venue à Monbazillac, samedi 24 mars, et les commentaires très divers qu’ils suscitent, appellent de ma part plusieurs observations :

1. Il était normal que j’essaie d’aller porter la contradiction à Monbazillac :

Pour trois raisons :

- D’abord, parce que j’ai soutenu Alain Juppé, pendant de nombreuses années, y compris lorsqu’il était dans la difficulté. Certains se souviennent peut-être que je l’ai invité à inaugurer la Foire Exposition de Bergerac, en Août 1998, quelques jours après sa mise en examen.

Lorsque j’ai quitté l’UMP, en 2008, Alain Juppé formulait à peu près les mêmes critiques que moi contre la politique de Nicolas Sarkozy. La politique de Nicolas Sarkozy a-t-elle changé depuis 2008 ? En venant à Monbazillac, dans la circonscription dont je suis l’élu, soutenir mon futur adversaire UMP, Alain Juppé cherchait-il à donner des gages supplémentaires de son ralliement sans vergogne à Nicolas Sarkozy ?

Comment n’aurais-je pas eu la tentation de l’interroger sur son changement de parcours ? Comment lui, l’homme du rétablissement des finances publiques, peut-il admettre un dérapage de la dette de plus de 500 milliards d’€ en cinq ans ? Comment, lui, l’homme de la justice fiscale, peut-il accepter les errements d’une politique fondée sur la multiplication de cadeaux fiscaux et le creusement sans précédent des inégalités ? Comment, lui, l’humaniste, peut-il supporter la stigmatisation des "Roms » et des « musulmans d’apparence" ou le discours provocateur sur l’inégalité des civilisations ?

Je regrette qu’Alain Juppé, pour qui j’ai eu jusqu’ici de l’admiration et du respect, n’ait pas eu le courage d’accepter ce débat.

- Ensuite, parce que cette réunion était présentée comme une "réunion publique" : lorsque j’ai reçu François Bayrou, à Bergerac en décembre dernier, c’était également dans le cadre d’une "réunion publique" et tous ceux qui souhaitaient l’interroger, y compris ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui, ont eu la liberté de le faire. Mais sans doute y a-t-il longtemps que le mot liberté n’a plus de sens à l’UMP.

- Enfin, parce que le quotidien Sud-Ouest, rappelant l’exemple d’Yves Guéna, m’avait mis au défi d’aller porter la contradiction dans cette réunion, ce qui prouve bien que cette démarche paraissait logique à ceux qui suivent de près la vie politique dans notre région.

2. J’ai demandé la parole dans des conditions tout à fait normales :

Je suis entré dans la salle avant l’arrivée d’Alain Juppé et des hiérarques UMP.

J’ai été interrogé par France Bleu Périgord sur les raisons de ma présence et sur les questions que j’avais l’intention de poser, ce qui a provoqué quelques réactions de la part des militants UMP qui étaient à proximité.

Contrairement à ce que prétend M. Cornet, je n’ai proféré d’invective ni à l’égard de M. Peyrat, ni à l’égard d’Alain Juppé. J’ai écouté MM Peyrat et Mortemousque sans mot dire.

C’est juste avant l’intervention d’Alain Juppé que je me suis avancé et que j’ai levé la main en demandant à poser quelques questions.

Alain Juppé s’est tourné vers moi et m’a lancé : "On respecte le tour de parole quand on est démocrate". J’en ai conclu que je pourrai l’interroger après son intervention et j’ai regagné ma place initiale.

Les responsables départementaux de l’UMP déclarent que je n’aurais pas demandé la parole de façon correcte. Que ce soit à l’Assemblée Nationale, dans une assemblée générale d’association ou dans une réunion publique, je ne connais pas d’autre façon de demander la parole que de lever la main. Mais il faut croire qu’à l’UMP, la parole est tellement verrouillée qu’il faut suivre des procédures infiniment plus complexes pour avoir – ou ne pas avoir – une chance de s’exprimer.

A la suite de cette première tentative d’intervention, le service d’ordre du MIL a commencé à se masser autour de moi, de mon épouse et des quelques amis qui nous accompagnaient.

Lorsqu’Alain Juppé a achevé son intervention, j’ai de nouveau levé la main et demandé à l’interroger. Alain Juppé a aussitôt appelé à chanter la Marseillaise, signifiant du même coup qu’il n’y aurait pas de débat

3. L’action brutale du MIL était purement gratuite :

Alors que la réunion se terminait, l’équipe du MIL s’est resserrée de plus en plus fortement autour de nous. Leur chef apparent se présentant comme le "général Mansiet (ou Mancier ? ou Manciais ?)" m’a insulté à deux reprises. J’ai cherché vainement sa trace sur le web – que fait un général parmi les hommes de main du MIL ?

La réunion terminée, ils nous ont brutalement bousculés vers le fond de la salle. Mon épouse, Sylvaine, a été particulièrement malmenée, ceinturée par l’un des hommes du MIL et plaquée contre une porte fenêtre. Elle a dû mordre cet homme au poignet pour se dégager. Deux personnes qui nous accompagnaient ont été également bousculées, le sac à main de l’une d’entre elles étant même piétiné. Mon épouse qui souffre de douleurs dans le dos et dans le cou a porté plainte.

C’est la troisième fois que je fais l’objet d’une offensive du MIL – la première fois en 1997, par une accumulation d’affiches aux abords de mon ancienne permanence à Naillac, la seconde fois, en juillet 2009 par apposition d’affiches sur la porte de ma permanence actuelle, la troisième fois, à Monbazillac. Cette organisation, prétendument gaulliste, dont les positions sont de plus en plus proches de celles de l’extrême droite, ne supporte visiblement pas les convictions que j’exprime.

Daniel GARRIGUE, Député de la Dordogne.