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mercredi 25 août 2010

LA VERTU DE S’INDIGNER

Contrairement à ce que prétendent certains membres du Gouvernement, il n’y a ni « rancœur », ni « petite haine recuite » dans les prises de position de Dominique de Villepin sur la politique sécuritaire du Gouvernement.

Il est évident que notre pays a besoin d’une politique ferme et diversifiée dans ses moyens en matière de sécurité. J’ai moi-même voté les textes présentés sous les gouvernements de Jean-Pierre Raffarin et de Dominique de Villepin.

Mais il y a aujourd’hui une dérive caractérisée par deux éléments :

La surenchère : pourquoi vouloir étendre systématiquement la vidéosurveillance, y compris dans des villes moyennes à faible délinquance, en demandant aux préfets de s’en faire les prosélytes, comme ce fut le cas il y a quelques mois ? Pourquoi avoir fait voter par l’Assemblée Nationale une interdiction absolue de la burqa alors que la position raisonnable, et applicable, défendue par le Conseil d’Etat, était de l’établir de façon délimitée, selon les lieux et selon les circonstances ? Pourquoi parler de peines de prison contre les parents de mineurs délinquants, proposition sans précédent dans notre droit ?

La discrimination : Elle est éclatante et contraire à la Constitution dans l’affaire des déchéances de nationalité. Elle est instrumentalisée contre un groupe systématiquement désigné dans l’affaire des Roms.

Il faut bien qu’il y ait un véritable changement de nature dans la démarche de l’exécutif pour que des autorités aussi mesurées que les Eglises et le Conseil de l’Europe sortent aujourd’hui de leur réserve pour dénoncer cette évolution et pour que d’autres anciens Premiers Ministres, comme Jean-Pierre Raffarin, s’alarment et dénoncent une « dérive droitière ».

L’actuel Premier Ministre, François Fillon, est assez subtil pour avoir perçu le danger et pour saisir l’Union européenne, ce qui est à bien des égards une véritable demande d’arbitrage. Preuve que la machine était en train de lui échapper.

Qui peut contester, dès lors, à Dominique de Villepin la vertu de s’indigner devant de pareils dérèglements ?

Daniel GARRIGUE - Député non inscrit, République Solidaire.

lundi 09 août 2010

MA POSITION DANS LE DEBAT SUR LA BURQA

Un certain nombre de personnes mal intentionnées, proches de l’extrême droite, transforment le sens de mon vote contre la loi interdisant de façon absolue la dissimulation du visage en prétendant que je serais favorable à la burqa.

Je rappelle donc ma position :

1° - Je suis résolument opposé au port de la burqa qui marque soit un asservissement de la femme, soit un refus inacceptable du dialogue. J’ai combattu ce type de manifestation lorsque j’étais maire. J’ai voté toutes les dispositions du texte sanctionnant les pressions exercées pour imposer le port de la burqa.

2° - J’ai voté contre l’interdiction absolue :

1 – parce qu’elle modifie notre conception de l’ordre public. Depuis la Révolution française, l’ordre public repose sur un équilibre entre les impératifs d’ordre public –principalement, la sécurité- d’une part, et la liberté individuelle, d’autre part. Or, on impose ici une conception uniforme de l’ordre public qui dicte les comportements. La lutte contre un extrémisme risque de susciter un autre extrémisme.

2 – parce qu’il y a une volonté d’instrumentalisation, à partir d’un phénomène marginal, contre une partie de la population et des citoyens de notre pays. Certaines annonces récentes –notamment sur la déchéance de la nationalité- jouent, elles aussi, systématiquement sur la peur. Elles prennent le risque de dresser les Français prétendument de souche contre les Français d’origine étrangère et n’ont d’autre but que de racoler l’électorat du Front National.

3° - J’ai par contre déposé et défendu des amendements interdisant la dissimulation du visage, et donc le port de la burqa, dans les circonstances précises où il y a un problème véritable.

1 – lorsque des menaces réelles pèsent sur l’ordre public, l’appréciation relevant alors des préfets,

2 – dans l’accès aux services publics –écoles, transports, hôpitaux, services administratifs-, et notamment lors de la remise des enfants à la sortie des écoles- problème qui ne faisait jusque là l’objet que d’une simple circulaire du ministre de l’Education nationale.

Ma position s’inscrit dans le droit fil de l’avis du Conseil d’Etat et de la loi de 2004 sur la laïcité qui s’applique aux établissements scolaires. Il faut de la fermeté, chaque fois qu’elle est justifiée, mais il faut aussi une place pour la discussion et pour la persuasion, parce que c’est là aussi que s’inscrit l’esprit de la République et que nous avons tous, élus et citoyens, notre rôle à y jouer au quotidien. La fuite en avant dans le sécuritaire ne résout rien. Elle ne fait que susciter la provocation et empêche de traiter les problèmes au fond.

Le rôle du législateur est de voter des lois rigoureuses, mais applicables et propres à fédérer les Français, et non pas des textes de circonstance qui rappellent les pires moments de notre Histoire.

Daniel GARRIGUE - Député de la Dordogne.